Les surfeuses en haut de la vague

Mis à jour : mars 19

[Extrait du magazine Femmes ici et ailleurs #35] Texte de Louise Pluyaud - Collectif Focus et photographies de Simon Guillemin

À contre-courant d’une société encore ancrée dans ses traditions, les surfeuses marocaines s’exposent, s’imposent et sont bien décidées à se hisser tant au sommet des flots que des podiums. Dans le sillage de la pionnière, Fatima Zahra Berrada, de nouvelles générations émergent et s’émancipent. En 2019, elles ont fondé la première association sportive féminine marocaine de surf et rêvent de porter les couleurs de leur pays aux Jeux olympiques.


Sur la plage d’Ain Diab, à Casablanca, un groupe d’hommes torses nus improvisent une partie de football, surplombés, au loin, par le plus haut minaret du monde, celui de la mosquée Hassan II. Le regard fixé sur la mer, une adolescente en combinaison de surf ignore les regards intrigués qu’elle attire. Il est mal vu pour une femme de “porter un vêtement moulant”, explique Lilias Tebbaï, âgée de seize ans, qui ne craint pas les vagues et aime défier les courants. “Nager, surfer, c’est ma liberté !”, revendique-t-elle avant de s’élancer dans l’eau avec sa planche, déterminée. Dans le sillage de la surfeuse, Inès, treize ans, sa petite sœur. Le père de Lilias siffle la fin de l’entraînement. Ancien athlète de haut niveau, Yassine Tebbaï a initié très tôt ses filles à ce sport de glisse apparu au Maroc dès les années soixante. “Des militaires d’une base américaine ont introduit les premières planches dans le pays”, raconte-t-il. Depuis, avec ses 3 600 kilomètres de littoral et la diversité de ses vagues, le pays est devenu l’un des plus prisés des surfeurs et surfeuses du monde entier, qui ont commencé à déferler au Maroc à partir des années soixante-dix et quatre-vingt.

La première surfeuse marocaine

Sur la terrasse d’une baraque en bois où Lilias et Inès viennent se sécher, Kamal Nady, gérant d’une école de surf à Ain Diab se souvient : “Les jeunes Marocains voulaient ressembler à ces mecs aux cheveux longs. Mais à notre époque, nous n’avions qu’une seule planche pour dix. On devait se la prêter chacun notre tour.” Les écoles de surf étaient aussi moins nombreuses, alors qu'on en compte désormais une centaine entre les villes d’Oujda, au nord, et Dakhla, au sud. “Nous n’avions personne à qui nous identifier”, ajoute Kamal Nady, quarante-cinq ans, qui se décrit comme un “chibani” ( “vieux ”, en arabe) du surf. “Surtout, il n’y avait aucune surfeuse marocaine. Jusqu’à l’arrivée de Fatima Zahra Berrada...” Native de Casablanca, Fatima Zahra Berrada est la première Marocaine à “briser les stéréotypes” qui voudraient qu’une femme doive “rester chez elle faire du pain” plutôt que de prendre le large, témoigne-t-elle. À quarante ans, celle qui est devenue rideuse professionnelle, se souvient encore de sa première planche : “C’était un bodyboard (petite planche qui s’utilise à plat ventre et avec des palmes, NDRL), que mon père m’a offerte quand j’avais douze ans.” Les débuts sont difficiles. “Les hommes n’acceptaient pas de voir une fille prendre les vagues. Pour eux, c’était impensable !”

L’adolescente n’en démord pas et revendique sa place. En 1996, Fatima Zahra Berrada part pour les Championnats du monde de bodyboard aux États-Unis où elle prend la neuvième place, devenant ainsi la première Marocaine à représenter le royaume dans une compétition internationale.



“Un sport de hippie”

Fatima Zahra Berrada adopte le surf il y a treize ans, alors enceinte de sa deuxième fille. “Je ne pouvais plus faire de figures sur le ventre. Alors j’ai emprunté la planche de surf de mon mari, le champion Zino Guemmi. Là, j’ai découvert la forte sensation du take-off (se lever sur sa planche en prenant une vague, NDRL). Depuis je n’ai pas cessé de surfer.” Pour progresser, elle a dû participer à des compétitions nationales masculines, “aucune n’était organisée pour les filles”. Là encore, elle doit s’imposer. “Des surfeurs me coupaient la priorité. À chaque fois, c’était la bagarre ! Et puis, à force de m’accrocher, ils ont commencé à me respecter et l’ambiance est devenue plus agréable.”




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