Sophie Beau

Mis à jour : févr. 24

Agir, plutôt qu’observer


[Extrait du magazine Femmes ici et ailleurs #35] Propos recueillis par Corinne Grillet


Cofondatrice et directrice générale de SOS Méditerranée, Sophie Beau revient sur son engagement humanitaire, l’origine et le développement de ce projet aussi simple que fou: tendre la main à celles et ceux qui se noient. En moins de quatre ans, l’ONG a sauvé plus de trente mille personnes de la mort sur les routes maritimes de l’espoir.


Quand et pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans l’humanitaire ?

Lorsque j’étais étudiante en anthropologie, mon terrain de recherche était au Mali, dans une région de forte immigration vers la France. Je travaillais sur les projets de développement initiés par les Malien·ne·s exilé·e·s dans leur village d’origine. Ma posture d’anthropologue me frustrait : elle m’obligeait à maintenir avec les villageois·es une certaine distance pour ma recherche. J’ai compris que je voulais agir, plutôt qu’observer. Médecins sans frontières m’a recrutée après l’obtention de mon diplôme. J’ai d’abord travaillé au siège aux Pays-Bas, puis rapidement j’ai été envoyée en Guinée et en Sierra Leone. Nous intervenions auprès de civil·e·s mutilé·e·s. J’ai toujours alterné les missions entre siège et terrain, pour ne pas perdre le lien avec la réalité et me permettre de reprendre une vie normale en évitant de porter un bagage trop lourd.


Et ensuite ?

En 2002, Médecins du monde m’a proposé de partir à Gaza. En pleine Intifada, j’ai ouvert une mission de médecine d’urgence préhospitalière et chirurgie de guerre dans les hôpitaux en lien avec le Croissant rouge palestinien. Je suis devenue responsable de l’ensemble de la mission, puis des programmes pour le Moyen-Orient et le Maghreb. J’ai par la suite été coordinatrice des missions France à Marseille. Enfin, après avoir été directrice de la Fédération nationale des associations de réinsertion sociale, j’ai créé en 2011 mon entreprise de consultante indépendante dans le domaine de la solidarité et de la lutte contre l’exclusion.


Qu’est-ce qui vous a poussée à cofonder SOS Méditerranée ?

En 2015, j’ai rencontré Klaus Vogel, capitaine allemand de la marine marchande, qui avait un projet de création d’association européenne de sauvetage en mer, suite à l’arrêt de l’opération Mare Nostrum (1) . Dix ans auparavant, lorsque je travaillais chez Médecins du monde, nous avions eu ce débat : que pouvions nous faire en Méditerranée face au désastre humanitaire qui se déroulait déjà sans que personne s’en préoccupe ? La réponse avait été : “Nous n’avons pas l’expertise maritime.” Je ne l’ai jamais oublié. L’intérêt tardif des organisations humanitaires pour le sauvetage en mer alors que la Méditerranée a commencé à devenir un cimetière dès le début des années 2000 m’a profondément choquée. Le drame de Lampedusa en 2013 a rendu l’ampleur du désastre plus visible en France. Puis ce fut la fin de l’opération Mare Nostrum. Klaus Vogel avait l’expérience maritime et m’a proposé de faire partie de l’aventure. Nos profils étaient complémentaires, je ne pouvais pas refuser ce projet, même si je n’en avais jamais mené de cette ampleur, ni de cette ambition. Nous avons travaillé ensemble à la conception du projet, lui sur la vision globale et les aspects maritimes et moi sur le montage concret, la recherche de financements et la stratégie de développement. En 2017 et 2018, j’ai été également chargée de la direction des opérations. C’était une tâche très lourde, avec la gestion de crises à répétition : la criminalisation des ONG de sauvetage, les interceptions des embarcations de migrant·e·s par les garde-côtes libyen·ne·s, le retrait des autres ONG de la zone...



(1) Opération militaire et humanitaire italienne de sauvetage en mer mise en place suite au naufrage d’une embarcation ayant fait 366 mort·e·s le 3 octobre 2013 près de Lampedusa. Cette opération a pris fi n au bout d’un an, faute de participation financière européenne, après avoir sauvé 100 000 personnes. Depuis 2014, environ 20 000 femmes, hommes et enfants ont péri noyé·e·s en Méditerranée.


Une rencontre à découvrir en intégralité dans le magazine Femmes ici et ailleurs. Pour en savoir plus, c'est par ici.



#SophieBeau #KlausVogel #SOSMediterranee #LaRencontre #Femmesicietailleurs

  • Black Facebook Icon
  • Black Twitter Icon
  • Black Instagram Icon
  • Noir LinkedIn Icône
  • Noir Icône YouTube