Sarojini Naidu

Troisième épisode d’une série d’articles sur les femmes ou les “oublis de l’Histoire” par Juliette Raynaud, membre du Club Femmes ici et ailleurs.


Vous connaissez Sarojini Naidu ? Elle fut la première femme à rejoindre Gandhi pendant la Marche du sel en 1930 et déclencha la plus grande campagne de désobéissance civile de l'Histoire.


Un matin d’octobre, en 1928, Sarojini Naidu débarque à New-York, où résident la richesse et la puissance du monde. Sa mission est simple : convaincre les Américain·e·s que l’Inde a droit à l’indépendance. Dans son livre Mother India, sorti un an plus tôt, la journaliste américaine Katherine Mayo présente l’Inde comme une contrée maudite soumise à une religion barbare, l’hindouisme. Pour elle, un peuple aussi arriéré n’est pas mûr pour l’indépendance. Le livre fait un carton. Les nationalistes indien·ne·s se doivent de contre-attaquer.


Diplômée de Cambridge, poétesse en langue bengali, dirigeante indépendantiste, Sarojini Naidu fascine les Américain·ne·s. Il lui suffit de prendre la parole pour convaincre son public que tout comme les États-Unis en leur temps, l’Inde doit se libérer de la tutelle britannique. Durant huit mois, elle sillonne le pays.


Sarojini Naidu ne se contente pas de promouvoir sa cause auprès des Blanc·he·s, celles et ceux qui détiennent le pouvoir. Elle traverse le miroir et part à découverte de l’Amérique noire. Des ghettos de Chicago aux campus de l’Université Howard, elle est émue aux larmes quand elle voit le sort réservé aux Noir·e·s, les Intouchables de l’Amérique. En Inde, elle, la brahmane, a bravé les traditions pour épouser un homme d’une caste inférieure. Dans l’Inde de ses rêves, il n’y aura plus de parias, mais pour qu’elle advienne, il faut rentrer au pays, entamer un nouveau combat et il passe par les femmes.

Documentaire “Décolonisations” de Karim Miské, Pierre Singaravélou et Marc Ball (2017)

Sarojini Naidu veut se battre pour ses sœurs, les oubliées de l’Inde, les recluses, les veuves, celles que l’on marie à 9 ans, celles que l’on tue pour une histoire de dot. Pour cela, elle va devoir forcer la main à son meilleur ami, Gandhi, le guide spirituel du mouvement national indien.


Fin mars 1930, celui-ci entame une marche pour protester contre le monopole britannique sur le sel. Surtaxé par les autorités coloniales, le sel coûte excessivement cher en Inde. Un impôt injuste qui enlève aux plus pauvres jusqu’au goût de la vie. Durant 300 kilomètres, Gandhi chemine, accompagné par des dizaines de milliers d’hommes. Aucune femme.


Quand il arrive à la dernière étape de la marche, Sarojini Naidu le rejoint. Partout, elle l’accompagne. Partout, elle s’impose devant les caméras. Sa présence déclenche un mouvement sans précédent. Par milliers, les femmes affluent. Par milliers, elles ramassent du sel sur la plage, lançant la plus grande campagne de désobéissance civile que le monde ait connu. Au même titre que les hommes, elles sont maintenant des combattantes de la liberté !


Quand Gandhi est arrêté par les autorités coloniales, il confie la direction du mouvement à Sarojini Naidu. C’est elle qui mène les manifestant.e.s à l’usine de sel de Darasana. Le matin du 21 mai, elle s’adresse à eux :


Le prestige de l’Inde est entre vos mains. Vous ne devez utiliser la violence sous aucun prétexte. Vous serez battu·e·s, mais vous ne résisterez pas. Vous ne lèverez même pas la main pour vous protéger des coups.


Bilan de la journée : 320 blessé·e·s, 2 morts. Sarojini Naidu est arrêtée avec des centaines de militant·e·s. L’envoyé spécial de United Press écrit un article accablant les Britanniques. Ce reportage est repris par 1350 journaux du monde entier. Pour l’Empire Britannique des Indes, c’est un coup terrible. Et il a été porté par une femme.


Texte inspiré par le documentaire Décolonisations de Karim Miské, Marc Ball et Pierre Singaravélou.

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