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Sœurs de métal

Mis à jour : févr 25

[Extrait du magazine Femmes ici et ailleurs] Reportage et photographies d'Olivier Touron


Elles ont enfourché leurs montures d’acier, avalé des centaines de kilomètres et fédéré leurs sœursà travers tout le continent pour dénoncer un crime passé sous silence : les disparitions et meurtres d’Amérindiennes, phénomène aussi massif qu’impuni aux États-Unis.


Le ciel est gris et la pluie menace en ce vendredi 14 juin à Topeka (Kansas), au cœur des États-Unis. Près d’un grand parc, Harley-Davidson et Indian s’alignent en rangées bien ordonnées pendant que sous une tonnelle s’élève un chant cérémoniel, au rythme lancinant d’un tambour. Une prière en hommage aux victimes de la tragédie qui touche des générations d’Amérindiennes du continent nord-américain : celle des missing and murdered indigenous women (MMIW), ces femmes indigènes disparues ou assassinées. En moyenne une tous les trois jours ; depuis quarante-cinq ans et dans l’indifférence générale.


Ce jour-là, à Topeka, des dizaines de motardes se sont réunies, majoritairement amérindiennes, pour clamer haut et fort qu’il est temps que cesse ce drame silencieux et collectif. Depuis des semaines, les bikeuses ont préparé ce rendez-vous, point d’orgue d’un projet à trois dimensions : alerter le plus grand nombre sur ces crimes, rendre hommage aux MMIW et montrer que des femmes refusent la fatalité et peuvent faire bouger les lignes. Dispersées sur l’ensemble du territoire américain, elles rêvaient depuis longtemps, chacune dans son coin, de créer cet élan, unir leurs passions et se sentir pousser des ailes.


L’envol des papillons d’acier

L’idée de créer un groupe de motardes a germé fin 2018. Shelly Denny, docteure en médecine orientale de Phoenix (Arizona), de mère amérindienne et motarde expérimentée, lance un groupe Facebook. L’initiative fait mouche, des dizaines de motardes s’inscrivent et se retrouvent pour une conférence téléphonique qui devient vite hebdomadaire. Shelly Denny propose de baptiser le groupe Iron Butterflies (papillons d’acier). L’image de cet insecte est omniprésente chez les féministes américaines, symbole de l’autonomisation, de la chenille à l’envol. En mars 2019, avec une poignée d’autres motardes, Luvy Yonnie, Lisa Rivera, Lorna Cunny et Lynette RC Roberts, elles posent les bases d’un projet : #RidingforMMIW. “Face à la carte de l’Amérique du Nord, j’ai eu la vision de la roue de médecine traditionnelle amérindienne comme tracé d’une route à parcourir en moto pour sensibiliser à cette cause”, se souvient Shelly Denny. Ce symbole, associé aussi au cercle de vie, est vénéré. La roue représente la complétude de l’existence, de l’enfance à la vieillesse. La croix en son centre évoque les quatre vents, les quatre saisons, les quatre directions. “En dessinant un itinéraire en forme de roue de médecine, les motardes allaient accomplir un acte de guérison, pour lutter contre le mal qui touche les femmes natives américaines, explique-t-elle. C’est un voyage qui allait transformer les participantes, en leur donnant un pouvoir de faire.


Des obstacles inattendus

Les bikeuses se retrouvent physiquement pour la première fois en avril à Albuquerque (Nouveau Mexique). La cohésion et la sensation d’appartenance à un groupe les galvanisent. Aux États-Unis, être motarde demeure une gageure, tant le milieu est masculin, codifié et machiste. Et plus encore lorsqu’on est une motarde amérindienne. Fortes de cette énergie collective, les “papillons d’acier” finalisent rapidement les contours de leur road trip militant. Reste à trouver des soutiens, pour donner toute son ampleur à leur projet. Des obstacles inattendus se dressent là où les motardes s’y attendent le moins : dans leur propre camp.



Un reportage exclusif à découvrir en intégralité dans le magazine Femmes ici et ailleurs. Pour en savoir plus, c'est par ici.


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