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Pour la justice - Navi Pillay

Mis à jour : févr 25

[Extrait du magazine Femmes ici et ailleurs #33] Propos recueillis par Lena Bjurström


La Sud-Africaine Navenethem, dite Navi , Pillay s’est battue toute sa vie contre les discriminations. Traçant son chemin depuis les quartiers pauvres de Durban, à l’époque de l’apartheid, jusqu’aux Nations unies, l’avocate des opprimé·e·s a fait du droit une arme et de la justice un idéal.

La justice était-elle une vocation pour vous ?

J’ai grandi dans une famille d’origine tamoule, de sept enfants, dans le quartier de Clairwood à Durban. Quand j’avais six ans, on m’a volé le salaire de mon père, chauffeur de bus. J’ai dû témoigner au procès. Le voleur a été condamné, mais mon père n’a jamais récupéré son argent. J’ai été frappée par cette injustice. Enfant, j’ai très vite compris ce que signifiait être en bas de l’échelle sociale. J’ai vu mes parents batailler pour nous faire vivre. J’ai vu les adultes de mon entourage humilié·e·s à cause de leur couleur de peau ou de leur statut social. Tout cela m’a poussée à apprendre et défendre nos droits. Je dois à mes parents de s’être battu·e·s pour que leurs enfants aillent à l’école alors qu’autour de moi les familles indiennes mariaient leurs filles très jeunes. Et je dois à ma communauté d’avoir pu aller à l’université. À l’initiative du principal de mon école, toutes ces familles pauvres ont constitué un fonds pour m’envoyer faire mes études de droit.


Crédit : World History Archive

En 1967, alors que l’Afrique du Sud est sous le joug du régime d’apartheid, vous êtes la première femme de couleur à ouvrir son propre cabinet dans la province du Natal. Pourquoi ce choix ? Était-ce un choix ?

Les rares cabinets juridiques indiens et noirs étant en constante difficulté, j’ai postulé dans les grandes sociétés, blanches. Où l’on m’a répondu tout d’abord : “Mais vous êtes mariée, que ferons-nous si vous décidez d’avoir des enfants ?  C’est une discrimination de genre. Puis on m’a dit : “Votre père est-il un homme d’affaire ? Pouvez-vous nous apporter des client·e·s ?  Ce qui m’était bien entendu impossible avec mon origine sociale. C’est donc une discrimination de classe. Enfin, on m’a expliqué qu’il était inenvisageable que des secrétaires blanc·he·s reçoivent des ordres d’une personne noire. Ce qui est une discrimination raciale. Je n’ai donc eu d’autre choix que de lancer mon propre cabinet. De grands avocats m’ont dit que j’étais bien présomptueuse de penser qu’une femme pourrait diriger sa propre structure juridique. Ce cabinet a tenu près de trente ans. Et de nombreuses femmes ont depuis suivi mon exemple.

Quelles sont les plus grandes fiertés de votre carrière en tant qu’avocate ?

Il y a eu notamment la défense de prisonniers politiques enfermés sur Robben Island [où Nelson Mandela était incarcéré NDLR]. Les conditions de détention y étaient terribles. J’ai lancé la procédure judiciaire à l’issue de laquelle, pour la première fois, la Cour suprême a établi que les prisonnier·e·s n’étaient pas une propriété de l’État, mais des êtres de droits et qui a défini ces droits…



Une interview exclusive à découvrir en intégralité dans le magazine Femmes ici et ailleurs. Pour en savoir plus, c'est par ici.


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