Nicole Abar, son combat pour un sport plus mixte

Mis à jour : févr. 25

Au sein du Club Femmes ici et ailleurs, nous avons la chance de compter des personnalités exceptionnelles, agissant dans des domaines très divers, en France et bien au-delà de nos frontières. Chaque vendredi, la rédaction du magazine met en lumière une d'entre elles. Cette semaine, nous vous présentons Nicole Abar, ancienne joueuse de l'équipe de France et fondatrice de l'association Liberté aux joueuses.

Propos recueillis par Louise Hiernaux, journaliste, Femmes ici et ailleurs.


Quel a été votre parcours et pouvez-vous nous souligner quelques projets qui vous ont tenu à cœur ? J'ai commencé comme joueuse de football, il y a cinquante ans. Une activité qui n'était pas “normale” ou valorisée pour les petites filles. J'ai joué dix années chez les Bleues pendant lesquelles j'ai été sacrée huit fois championne de France ainsi que meilleure buteuse du championnat. Et pourtant, personne ne me connaît. Durant cette période, le club de foot de Plessis Robinson (Hauts-de-Seine), a décidé d'exclure toutes les équipes féminines, y compris les enfants. Cet événement m'a amenée à m'engager définitivement pour l'égalité femmes-hommes dans le sport. J'ai alors créé l'association Liberté aux joueuses et fait un procès pour discrimination que j'ai gagné en 2003. Suite à cela, je me suis retrouvée à prendre la parole au Conseil de l'Europe et au Ministère de la Jeunesse de Sports afin d'aborder cette thématique. En 2002, j'ai passé mon diplôme d'entraîneure à la Fédération française de Foot. J'ai ensuite été responsable de l'équipe féminine qui jouait en première division au Toulouse Football Club. Pourquoi une telle discrimination envers les joueuses ? Le monde du sport est pire que tout. Ça vaut pour les hommes et pour les femmes : il ne faut pas se plaindre sinon vous êtes blacklisté·e·s pour le reste de votre carrière. D'ailleurs, vous entendez très peu de sportives être militantes. Excepté cet été, avec les Américaines qui ont lancé le débat de l'égalité des primes et des salaires ou encore la Norvégienne Ada Hegerberg qui se bat depuis longtemps pour l'égalité. Mais en France et en Europe, c'est rare de montrer son militantisme. Pour pallier cela, je m'attaque à la reproduction des stéréotypes chez les tou·te·s petit·e·s (4-6 ans) dans des écoles ou des centres de loisirs à Paris et, depuis 2007, à Toulouse.

Pourquoi avez-vous commencé le foot lorsque vous étiez petite ? Étant d'origine étrangère, fille d'un père algérien et d'une mère italienne, j'avais à la maison une répartition sexuée de mon environnement. Mes frères avaient le droit de tout faire et nous, les filles étions censées aider notre mère, prendre en charge les tâches ménagères. Je les remercie tout de même de ne pas m'avoir empêchée de jouer au football. Je n'ai pas choisi le foot, c'est lui qui m'a choisie. J'étais en train de regarder des garçons jouer et l’entraîneur m'a demandé de venir sur le terrain. Il avait absolument besoin d'une personne supplémentaire. Pour une fois qu'une fille incompétente ne posait pas problème car elle permettait aux garçons de jouer ! C'est ce que je souhaite démontrer : si une fille attend toujours d'être légitime, elle ne franchira jamais la ligne lui permettant de se découvrir et de surprendre. Le foot a changé ma vie, il a été ma surface de réparation !

Parlez-moi du projet de baby-foot mixte. Cela faisait longtemps que j'avais cette idée en tête. Je suis donc allée chez Bonzini, un fabricant 100 % français de baby-foot depuis 90 ans, présidé par Ingrid Bergaglia (Femmes ici et ailleurs #33). Je leur ai demandé de fabriquer la figurine fille, défi relevé avec brio ! Ce baby-foot comporte une alternance de filles et de garçons sur les barres et tous les postes sont mixtes. J'ai sollicité des graffeur·se·s qui ont personnalisé les figurines. Elles sont de toutes les couleurs et pas seulement en rouge et en bleu. J'ai ensuite fait un “baby-foot tour” pour partager la culture de l'égalité et de la diversité à travers la France. Quant aux figurines, elles sont désormais inscrites au catalogue de Bonzini.

Pourquoi avoir décidé d'intégrer le Club Femmes ici et ailleurs ? Tout simplement parce que j'ai un beau parcours de sportive et malgré cela, j'ai été une invisible. Cette invisibilité, je la partage avec tellement de femmes qui font des choses dans tous les domaines. Qui sont engagées, créatives, énergiques. Dans Femmes ici et ailleurs, j'y trouve tout cela. Des femmes à côté ou loin de chez moi. J'aime cette capacité à faire vivre ce que sont et font les femmes. J'ai appelé ça le “magazine yoyo”, car on part loin puis on revient en France. On peut aller sur du riche, du profond, du simple en demeurant tout aussi symbolique.

Ce blog collaboratif est une plate-forme réservée aux membres du Club Femmes ici et ailleurs. Chacun·e a la possibilité de partager dans cet espace ses témoignages, autour de femmes ou d'événements l'ayant particulièrement inspiré·e.

Pour participer, n'hésitez pas à nous envoyer vos productions (écrites ou vidéo) à l'adresse rencontres@editions-8mars.com


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