Les Minos du Dahomey ou les Amazones noires

Mis à jour : mars 20

Texte de Laurence Dionigi, membre du Club Femmes ici et ailleurs, Nice.


Des écrits rédigés par des missionnaires et voyageur·se·s occidentaux et occidentales datés du 18e siècle rapportent la présence d’une armée de redoutables combattantes dans différents royaumes africains, notamment celui du Dahomey (actuel Bénin).

La France colonialiste de la fin du 19e siècle, désireuse d’obtenir une partie de l’Afrique de l’Ouest, entra en guerre à deux reprises contre ce puissant royaume surnommé “La petite Sparte noire”. Les militaires rapportent la présence sur le champ de bataille de furieuses guerrières, préférant mourir plutôt que reculer devant les troupes françaises.


Les femmes dans le royaume du Dahomey n’étaient en rien l’égale des hommes, même si elles pouvaient divorcer, gérer et conserver leurs biens. Cependant, dans cette société patriarcale, les élues siégeant au Conseil du Palais Royal participaient aux décisions politiques.


C’est au 17e siècle qu’apparaissent des gardes du corps femmes. La reine Tassin-Hangbé – qui a occupé le trône du Dahomey de 1708 à 1711 - créa cette armée d’Amazones ainsi surnommées par les colons en écho aux Amazones de l’Antiquité. Les récits rapportent qu’elle aurait pris la place de son frère jumeau suite à son décès sur le champ de bataille en se faisant passer pour lui afin de ne pas décourager les soldats. Elle aurait révélé après coup sa véritable identité au peuple.


Qui étaient ces Amazones noires ?

Pour la plupart, des filles d’esclaves qui commençaient leur entraînement dès le plus jeune âge. Des volontaires en quête de reconnaissance qui s’enrôlaient ainsi que des criminelles qui l’étaient de force. Certaines familles proposaient leurs filles au Roi pour qu’elles fassent carrière dans cette armée professionnelle. Le peuple les surnommait les Minos en langue Fon (nos mères). Pourtant, ces guerrières faisaient vœu de célibat, car, enceintes, elles ne pouvaient combattre l’ennemi.


Ces soldates combattaient aux côtés des hommes et représentaient jusqu’à un tiers des effectifs. Il existait plusieurs corps de régiment : celles qui utilisaient les armes à feu, les gohento, qui tiraient à l’arc avec des flèches empoisonnées, les nyekplohento (les faucheuses), qui maniaient avec dextérité le couteau ou un immense rasoir pouvant peser jusqu’à 10 kg et celles qui attaquaient à dos d’éléphant.


Ces redoutables Amazones s’entraînaient quotidiennement pour renforcer leur musculature, limaient leurs ongles en pointe, qu’elles faisaient durcir avec de l’urine de bœuf. Elles combattaient des taureaux à mains nues, s’exerçaient à la machette, à la massue ou aux armes achetées aux Européens. Les meilleures étaient formées pour devenir des espionnes et d’autres étaient les représentantes officielles du Roi à l’extérieur du royaume. Leur uniforme cachait leurs formes et elles portaient une sorte de calotte blanche sur leurs cheveux coupés très courts. Ces Amazones possédaient leur propre drapeau, insignes et fanfare. “Vaincre ou mourir” était leur adage.


À leur passage, la population s’agenouillait en signe de reconnaissance, gratitude et respect. Ces Amazones noires étaient considérées comme des demi-déesses.


Le Dahomey passant sous protectorat français en 1894, le corps d’armée des Amazones sera dissout, la quasi-totalité d’entre elles étant tombées sous les balles lors des guerres franco-dahoméennes.


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Laurence Dionigi est une autrice, conférencière, chroniqueuse et grande voyageuse, ayant collaboré à de nombreux médias de par le monde. Depuis 2013, elle organise la manifestation, Fémin Auteures, à Antibes et anime des cafés littéraires dans la région niçoise. Avec une dizaine d'ouvrages à son actif, elle met lumière la place des femmes dans l'art avec par exemple Les grandes oubliées de l'art.


Pour en savoir plus ?

Babelio

Les Éditions Ovadia


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