Marcello, duchesse, sculptrice, artiste de la Cour

Mis à jour : mars 19


Texte de Laurence Dionigi, membre du Club Femmes ici et ailleurs, Nice.


Dans l’histoire de l’art féminin, peu de femmes ont choisi d’utiliser un pseudonyme pour se faire connaître et accéder à la reconnaissances de leurs pairs.


Au 19e siècle, l’Académie royale de peinture et de sculpture n’était réservée exclusivement qu’à ces

messieurs. Créée en 1648, elle a accueilli des académiciennes, mais en nombre restreint, comme Adèle

d’Affry (1836-1879), aristocrate suisse.

Ces dames ne suivaient pas les mêmes enseignements que leurs homologues masculins. Pas de cours d’histoire, pas de portrait en pied, ni de nus, interdiction de concourir au prestigieux prix de Rome. Elles ne pouvaient peindre que sur de petits formats et uniquement des thèmes imposés (natures mortes, sujets religieux, portraits, miniatures). Aux hommes, les arts majeurs et aux femmes les arts mineurs.


On ne dénombre que quinze académiciennes en 150 ans durant lesquels les portes des Beaux-Arts leur furent ouvertes. Dès la Révolution française, elles leur seront fermées, jusqu’en 1889. Ces dames devront alors se diriger vers des ateliers privés ou bien compter sur la formation enseignée par leur père, frère ou époux. Et, en ce qui concerne les plus fortunées, faire appel aux services de peintre ou sculpteur privés. Elles pourront néanmoins exposer au prestigieux Salon de peinture et de sculpture ainsi que dans d’autres lieux dédiés à l’art. C’est ce que fera Adèle d’Affry en 1863.


Elle reçoit une éducation propre à son rang et épouse à vingt ans le duc de Castiglione Colonna. Veuve après un an de mariage, elle décide de se consacrer à l’art et plus particulièrement à la sculpture. Elle s’installe à Paris et loue l’appartement d’un cousin d’Eugène Delacroix. Son rang lui permet de côtoyer le milieu artistique et mondain du Second Empire. Elle se déguise en homme pour pouvoir suivre des cours d’anatomie et assiste à des cours privés de sculpture.


Elle décide d’exposer au Salon de 1863 à Paris sous le pseudonyme de “Marcello”, nom d’un compositeur italien du 18e siècle. C'est à ce moment que son buste, “Bianca Capello” est remarqué par l’impératrice Eugénie qui l’introduira par la suite à la Cour. Elle côtoie alors Napoléon III et obtiendra plusieurs commandes d’État. Elle sculpte le buste de l’impératrice qui fut sévèrement critiqué et refusé par une commission d'experts puis finalement accepté. Elle se lie d’amitié avec les compositeurs Liszt et Gounod ainsi qu’avec l’écrivain Mérimée et voyage dans toute l’Europe pour s’inspirer des différents courants artistiques.


Elle présente ses créations à l’Exposition Universelle de 1867. Son chef d’œuvre, “La Pythie”, est retenu par Charles Garnier pour orner le nouvel opéra parisien. Elle rafle une médaille à l’Exposition universelle de 1873. Malheureusement, Adèle d'Affry est atteinte de tuberculose et la sculpture la fatigue énormément. Elle s’oriente alors vers la peinture et le dessin. Adèle d'Affry est admise dans le cercle des artistes impressionnistes où elle peindra plusieurs portraits de Berthe Morisot, peintresse impressionniste. Elle rédige son testament mentionnant sa volonté de léguer ses œuvres à la ville de Fribourg, sous réserve qu’un musée y soit créé. Elle meurt à quarante-trois ans et son travail tombe dans l’oubli jusqu’aux années 1960, où la fondation Marcello voit le jour.



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Laurence Dionigi est une autrice, conférencière, chroniqueuse et grande voyageuse, ayant collaboré à de nombreux médias de par le monde. Depuis 2013, elle organise la manifestation, Fémin Auteures, à Antibes et anime des cafés littéraires dans la région niçoise. Avec une dizaine d'ouvrages à son actif, elle met lumière la place des femmes dans l'art avec par exemple Les grandes oubliées de l'art.


Pour en savoir plus :

-> Babelio

-> Les Éditions Ovadia



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