Manikarnika Tambe, la Reine de Jhansi

Premier épisode d’une série d’articles sur les femmes ou les “oublis de l’Histoire” par Juliette Raynaud, membre du club Femmes ici et ailleurs.


Vous connaissez Manikarnika Tambe ? Héroïne n°1 de l'Inde moderne, elle inspira Gandhi et incarne la première guerre d'indépendance indienne. Oui, la guerre de 1857 que les Anglais·es appellent “révolte des Sipaï” a été menée par une femme, Manikarnika Tambe.


L’Inde dans laquelle naît Manikarnika en 1828 est riche, très riche. Ses soieries, ses cotonnades, ses épices s’exportent jusque dans la lointaine Europe. Un commerce lucratif entièrement entre les mains de la plus grande société privée du monde : la Compagnie britannique des Indes Orientales, “East India Co.”. En montant les souverains indiens les uns contre les autres, cette société privée a réussi à acquérir d’immenses territoires et à se bâtir une puissante armée. Seul problème pour la compagnie : sur ses 250 000 soldats, 200 000 sont indiens. On les appelle les Sipaï et leur loyauté est loin d’être garantie.


Manikarnika Tambe n’est pas une princesse comme les autres. Enfant, elle a appris non seulement à lire, à écrire, à réciter des poèmes, mais aussi à se battre et à monter à cheval. Elle a 25 ans quand meurt son mari, le Maharadja de Jhansi. Elle lui succède sur le trône mais son règne sera éphémère. Au bout de quatre mois, la Compagnie des Indes Orientales annexe son royaume sans autre forme de procès.

Documentaire “Décolonisations” de Karim Miské, Pierre Singaravélou et Marc Ball (2017)

La Compagnie ne cesse alors d’engloutir royaumes et seigneuries d’un bout à l’autre du sous-continent. Dans les campagnes, dans les villes, chez les aristocrates comme chez les paysan·ne·s, la colère monte. Les Sipaï eux-mêmes commencent à s’agiter.


En mai 1857, la révolte éclate. Régiment après régiment, les Sipaï se soulèvent. Quand les mutins arrivent à Jhansi, ils massacrent les soldats de la garnison britannique avec leur famille. L’heure de Manikarnika a sonné. Elle remonte sur le trône, crée un bataillon de femmes combattantes, organise la résistance. Quand le général Hugh Rose arrive avec ses 5000 hommes pour reprendre Jhansi, les habitant·e·s refusent de se rendre.


Le 2 avril 1858, les canons du général percent les murailles de la forteresse. Les soldats britanniques ne font pas de quartier. 3000 hommes, femmes et enfants sont massacré·e·s indistinctement. Le palais est pillé, mais Manikarnika réussit à s’enfuir. A 100 kilomètres de là, elle rejoint les derniers princes indiens qui résistent encore à la Compagnie. A la tête de ces soldat·e·s, la Reine de Jhansi part une dernière fois à l’assaut : “Liberté !” Submergée par le nombre, elle meurt, les armes à la main, sans se douter qu’elle deviendrait l’héroïne numéro 1 de l’Inde moderne. Inspirée par Manikarnika et ses compagnon·ne·s, une nouvelle génération d’Indien·ne·s va reprendre le combat, leurs méthodes – désobéissance civile et non-violence - seront inédites.



Texte inspiré par le documentaire Décolonisations de Karim Miské, Marc Ball et Pierre Singaravélou.

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