Madonna Thunder Hawk et Marcella Gilbert

Paroles de guerrières


[Extrait du magazine Femmes ici et ailleurs #37] Propos recueillis par Lena Bjurström

Depuis six décennies, Madonna Thunder Hawk se bat pour la reconnaissance de son peuple, de ses droits et la protection de la Terre. Cette octogénaire de la tribu Oohenumpa Lakota n’est pas seule à résister. De l’effervescence des années soixante-dix à l’ère Trump, les Amérindiennes sont nombreuses en première ligne. À commencer par sa fille, Marcella Gilbert, compagne de lutte autant qu’héritière d’un combat que se transmettent les générations.

Quelle a été votre première grande colère ?

Madonna Thunder Hawk : À la fin de mon adolescence, ma maison et nos terres dans la réserve de Cheyenne River ont été inondées suite à la construction d’un barrage sur le Missouri. Nous avons quitté la réserve pour les grandes villes, notamment San Francisco. Dans les années soixante, l’Amérique était en pleine révolution culturelle, avec les manifestations contre la guerre du Vietnam, la lutte pour les droits civiques, les Black Panthers... Dans cette ébullition générale, nous avons pris conscience que nous avions nos propres combats à mener, que nous n’avions pas à accepter toutes les atrocités endurées par notre peuple, toutes les injustices que nous avions supportées avec fatalisme. Comme nos parents avant nous, nous avons été envoyé·e·s à l’âge de six ans dans ces pensionnats pour Indien·ne·s, créés par le gouvernement américain, pour y subir un véritable lavage de cerveau. Chaque génération y a appris à baisser la tête. Mais nous étions jeunes, en colère, nous nous sommes réveillé·e·s. Nous avions nos propres combats à mener, sur nos terres.


À la fin des années soixante, vous avez donc rejoint l’American Indian Movement (AIM) et pris part aux grandes occupations du mont Rushmore, de l’île d’Alcatraz et de Wounded Knee. Que dénonciez-vous ?

M. T. H. : Pendant la seconde moitié du 19e siècle, nos ancêtres ont signé des traités protégeant nos terres, systématiquement violés par le gouvernement et les colon·e·s qui se sont emparé·e·s de nos territoires. Les occupations que nous avons menées aux Black Hills, à Alcatraz et ailleurs proclamaient : “Ces terres sont les nôtres.” Alors que le monde nous ignorait jusqu’alors, nous clamions notre droit à exister. Cette revendication a atteint son paroxysme à Wounded Knee en 1973 [Pendant soixante et onze jours, sous les regards de journalistes de tout le pays, la police a assiégé la ville, occupée par l’AIM. De violents affrontements entre activistes et forces de l’ordre ont fait deux morts, dans les rangs de l’AIM et de multiples blessé·e·s. NDLR]. Si elles n’ont pas permis de retrouver nos terres, ces actions nous ont rassemblé·e·s, uni·e·s. Wounded Knee a également marqué un tournant dans la répression. Nous avons toutes et tous été poursuivi·e·s en justice et l’AIM a été dès lors considéré comme une organisation terroriste.

Des Amérindiennes manifestent pour leurs droits à Wounded Knee, sur la réserve de Pine Ridge, le 16 mars 1973.

C’est à cette même époque que vous avez créé avec Lorelei De Cora la We will remember Survival School. De quoi s’agissait-il ?

M. T. H. : Je ne voulais pas que mes enfants aillent en pensionnat, d’autant plus après Wounded Knee. Un soir, mon fils m’a dit : Nous devrions avoir notre propre école. C’est ce que nous avons fait, avec une école ouverte d’abord pour nos propres enfants, dont les parents faisaient partie des activistes de l’AIM. Puis avec le bouche-à-oreille, d’autres enfants sont venu·e·s, des jeunes expulsé·e·s du système scolaire, des fugueurs et fugueuses... Nous réapprenions nos traditions, notre langue, notre histoire. Nous qui avions été envoyé·e·s dans la machine d’acculturation des pensionnats, nous avons décolonisé l’éducation.


Une rencontre à découvrir en intégralité dans le magazine Femmes ici et ailleurs. Pour en savoir plus, c'est par ici.

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