Interview croisée de Lucie Castel et Johanna Vogel

Le 23 mai, le podcast ‘Devenir écrivain’, destiné aux auteur·e·s en herbe, a fêté son premier anniversaire. Chaque semaine, il offre des conseils d'écriture, des stratégies de publication et de la motivation. A l’origine de cette initiative, qui a vu naître l’Institut des carrières littéraires, deux lyonnaises : Lucie Castel, autrice et formatrice, et Johanna Vogel, conservatrice de bibliothèques et coach de projets.


Charline Vergne, membre du Club Femmes ici et ailleurs et journaliste indépendante.


Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel et de la manière dont la littérature est entrée dans votre vie ?

Lucie Castel : Après des études de droit, je suis devenue juriste et formatrice. Mais d’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours écrit pour mon plaisir personnel. Alors, en parallèle de cette activité, je proposais des articles et des illustrations à des magazines spécialisés dans la culture japonaise et le manga. L’élément déclencheur de ma carrière a eu lieu au milieu des années 2000. J’effectuais un remplacement professionnel dans le Jura et mon travail ne me plaisait pas. J’ai commencé à écrire une histoire. Chaque semaine, je publiais un nouveau chapitre que je faisais lire à mes ami·e·s. Ce sont elles et eux, à force d’encouragements, qui m’ont poussée à contacter un éditeur. En 2007, mon premier livre a été publié. Depuis, je n’ai plus jamais cessé d’écrire.


Johanna Vogel : Je suis conservatrice de bibliothèques depuis 2010. J’ai toujours été attirée par le monde des livres, de la culture et des nouvelles technologies. Très vite, je me suis passionnée pour les grandes mutations vécues par les bibliothèques, avec l’arrivée du livre numérique. En parallèle, je suis devenue entrepreneuse. J’ai travaillé dans le secteur de la formation en ligne et du développement personnel. En tant qu’ancienne addict au sucre, je ressentais le besoin d’aider les personnes qui vivaient la même chose que moi. Et, j'ai ouvert le blog ‘Oh my body’, puis le groupe Facebook ‘Les sucrées anonymes’, pour proposer du coaching alimentaire.


En mai 2019, vous lancez ensemble le podcast ‘Devenir écrivain’, avant de créer l’Institut des carrières littéraires quelques mois plus tard. Qu’est-ce qui vous anime à ce moment-là ?

L.C : Ma première expérience avec une maison d’édition a été désastreuse. J’étais naïve et tellement heureuse que l’on s’intéresse à mes écrits que je n’ai pas prêté suffisamment attention aux clauses du contrat. Petit à petit, l’éditeur a commencé à en intégrer de nouvelles, de plus en plus restrictives. Quand j’ai commencé à collaborer avec mon éditeur actuel, j’ai pris conscience que la situation que j’avais vécue n’était pas normale. Je recevais aussi de plus en plus de questions de la part de jeunes auteurs et autrices qui risquaient d’être un jour confrontés aux mêmes difficultés que moi.


J.V : Après une prépa littéraire, j’ai suivi des cours de creative writing durant un an, aux États-Unis. Des exercices, conseils pratiques et divers ateliers d’écriture sont proposés aux étudiant·e·s pour développer leur créativité. En rentrant en France, pays de la littérature, j’étais stupéfaite de ne pas retrouver d’équivalent. J’ai proposé à Lucie de se lancer dans un projet du même genre, qui permettrait aux étudiant·e·s d’avoir accès à une information transparente et complète. Elle a consulté son éditeur, qui a rejoint le projet.


Un auteur peut-il, une autrice peut-elle rejoindre la formation sans avoir écouté les podcasts au préalable ?

L.C : La formation a un coût, qui n’est pas négligeable : personne ne dépense 1.000 euros sur un coup de tête, sans "tester la marchandise". Le but du podcast est de proposer un échantillon gratuit aux jeunes auteurs qui n’ont pas encore les moyens de payer une formation complète. Aujourd’hui, la plupart des personnes qui adhèrent à la formation nous ont connues par ce biais. Passez par les podcasts, surtout si vous avez des doutes, quelques épisodes vous permettront d’y voir plus clair.


Quel public visez-vous et en quoi cette formation est-elle inédite ?

J.V : Cette formation s’adresse à toute personne qui envisage l’écriture comme un métier et ambitionne de vivre de sa plume. Au début, on pensait accueillir des personnes qui n’avaient jamais publié. Mais, finalement, nous avons aussi vu adhérer des auteur·e·s confirmé·e·s qui avaient besoin de conseils pratiques, comme savoir négocier un contrat et acquérir une méthode de travail plus rigoureuse. Nous proposons un accompagnement global et personnalisé à chaque auteur·e, dans l’écriture de son livre. Pour mener à bien ce projet, Lucie et moi avons bénéficié de l’appui de tous les professionnel·le·s de l’édition : correcteurs et correctrices, auteur·e·s, éditeurs et éditrices.


Avez-vous rencontré des difficultés et fait face à des réticences lors de la mise en place de ce projet ?

Lucie Castel : Certains pensent qu’être écrivain·e n’est pas quelque chose qui s’apprend, contrairement au dessin ou à la musique. L’idée perdure que l’on naît ou non avec un génie créatif, sans lequel on ne peut briller. Notre légitimité a aussi été remise en question. Pourtant, on ne demande pas à un professeur de sciences d’avoir un prix Nobel dans sa branche. C’est sa pédagogie qui fera la différence.


Johanna Vogel :Nous nous sommes aussi heurtées à des personnes qui estimaient que personne ne payerait pour ce concept, comme si ce n’était pas une formation utilitaire. Il n’y a pas de contrat d’édition à la clé, c’est plutôt un investissement sur soi. Pour autant, nous ne nous sommes pas découragées car ces remarques venaient toujours de personnes qui n’écrivaient pas. Nous avons eu de nombreux retours très positifs de la part d’écrivain·e·s qui ont déjà une belle carrière derrière eux et nous ont dit qu’ils et elles auraient aimé prendre part à un tel projet quand ils et elles se sont lancé·e·s.


La première promotion était exclusivement féminine : est-ce quelque chose qui vous a surprises ?

J.V : Pas vraiment, car les partenaires que nous avons sollicités ont relayé la formation auprès d’une communauté composée à 99% d’autrices. Il y a beaucoup d’écrivaines et de lectrices en France et je ne suis pas étonnée que certaines d’entre elles aient ressenti le besoin de se former et qu’elles aient eu le courage de se lancer ! Et puis, les femmes attirent les femmes : c’est plus rassurant et stimulant de rejoindre un projet dans ces conditions. Ça l’est aussi d’être coachée par une écrivaine comme Lucie ; que l’on écrive ou non dans le même genre, on se dit : ‘Si elle l’a fait, pourquoi pas moi ?’.


Envisagez-vous d’adapter le programme lors des prochaines sessions ?

J.V : Nous aimerions proposer un catalogue de formations, organiser des événements en présentiel, des séminaires, des retraites d’auteur·e·s… Nous voulons aussi mettre à disposition de nos auteur·e·s un carnet d’adresse. La dernière session de l’année débutera en octobre : nous allons proposer le même programme, mais l’agrémenter de formations optionnelles plus ciblées, comme par exemple sur l’écriture d’un polar.


On reproche parfois au milieu éditorial de perpétuer un entre soi. Qu’en pensez-vous ?

J.V : Heureusement, ce métier ne se résume pas à du copinage et grand nombre d’auteur·e·s publient leur premier roman en soumettant leur manuscrit à un éditeur, une éditrice. Mais c’est vrai que de l’extérieur, ce monde peut faire penser à une mafia, car il y a un aspect nébuleux. On croit qu’il est impossible d’en faire partie : trop de manuscrits sont envoyés au quotidien. La concurrence est quelque chose que l’on ne peut nier, c’est justement pour cela qu’il est recommandé de se former, pour proposer un texte le plus abouti possible et commencer à se constituer un réseau. Mais c’est une illusion de croire que c’est différent dans les autres corps de métier. La seule différence dans le milieu éditorial, c’est que les codes ne sont pas connus du grand public : il faut entrer dans le sérail.


Avec cette formation, vous voulez aussi réhabiliter l’autoédition, qui est un mode de publication encore décrié ?

J.V : Les éditeurs et éditrices ont longtemps dénigré l’autoédition car c’est un marché qui leur échappe. Attention, ont-ils mis en garde, ce texte est autoédité, sa qualité n’est donc pas garantie. Pourtant, si l’auteur·e est honnête, autrement dit qu’il ou elle s’est acquitté·e, en plus de l’écriture, du travail habituellement fait par une maison d’édition (faire appel à des correcteurs et correctrices, des graphistes, des maquettistes...), il ou elle a fait le job. Si on cartonne en autoédition, c’est parce que l’on a écrit un livre de qualité professionnelle, qui transmet un message, fait écho à des besoins. Les bons livres autoédités ont été travaillés avec autant de soin que ceux publiés de façon traditionnelle. D’ailleurs, beaucoup de maisons d’édition font aujourd’hui leur marché sur les plateformes et proposent des contrats à des auteur·e·s seulement auto-publié·e·s.

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