Les premières peintresses de l'Académie royale de peinture et de sculpture

Texte de Laurence Dionigi, membre du Club Femmes ici et ailleurs, Nice.


Installée au Louvre, l’Académie royale de peinture et de sculpture de Paris, ex-Académie de Saint-Luc, est créée en 1648. À la fin de leurs études, les jeunes artistes pouvaient se perfectionner à l’Académie de France à Rome. Les élèves exposaient leurs œuvres dans des salons leur permettant, ainsi, d’obtenir des commandes et de vivre de leur métier. Beaucoup d’aspirantes s’y présentèrent dans l’espoir d’y recevoir une formation, même si, à l’issue de leur apprentissage, elles n’étaient pas autorisées à signer un contrat et à recevoir un paiement sans la garantie d’un tuteur, bien souvent le père ou le conjoint. Peu de femmes s’adonnaient à la sculpture qui requérait une certaine force physique, était salissante et avait un coût important en termes de matériaux.

La première femme à y être admise, fût Catherine Duchemin en 1663. Cette institution n’accepta que 15 candidates entre 1648 et l’éviction de ces dames à la révolution française, avec de longues périodes où aucune femme n’était admise. Une fois élèves, celles-ci n’étaient autorisées à dessiner et à peindre que certains genres : des natures mortes, des portraits mais pas en pied et des thèmes religieux sur de petits formats, les grands tableaux étant réservés aux hommes. Elles n’avaient pas le droit de peindre des nus afin de préserver leur honneur ni de recevoir un enseignement sur la mythologie ou l’histoire. Pour concourir au prix de Rome (*) organisé par l’Académie royale, les thèmes devaient impérativement traiter de l’histoire, de la bible, de l’antiquité ou de la mythologie. Les femmes ne purent concourir à ce prix qu’à partir de 1903.

L’Académie royale ne reconnut aucune artiste femme en tant que peintre d’histoire et aucune ne put accéder au titre de professeur ni occuper de fonction au sein de cette institution. Néanmoins, les aspirantes étaient autorisées à exposer dans des salons où elles pouvaient concourir à des prix. Beaucoup complétaient leur formation artistique auprès de professeurs ou dans des ateliers privés. Évincées de l’Académie royale à la Révolution française, il faudra attendre 1897 sous l’impulsion de la sculptrice féministe Hélène Bertaux pour que les femmes puissent y entrer à nouveau et suivre le même enseignement que les hommes.

Parmi ces premières académiciennes qui eurent l’opportunité de suivre un cursus artistique dans cette prestigieuse institution, citons Elisabeth Vigée Le Brun, Adélaïde Labille, Marie-Thérèse Reboul, Anna Dorothea Therbusch, Marie Suzanne Giroust ou Anne Vallayer-Coster qui connurent une carrière brillante et une reconnaissance par leurs homologues masculins aux 17e et 18e siècles.


Autoportraits (de gauche à droite) de Marie Suzanne Giroust, Anna Dorothea Therbusch et Adélaïde Labille



*Le prix de Rome a été créé en 1663 sous le règne de Louis XIV puis supprimé en 1968 par André Malraux. Ce concours visait à récompenser un artiste dans différentes disciplines. Le ou la lauréat·e avait la possibilité de se rendre à la Villa Médicis à Rome pour peaufiner son enseignement dans sa spécialité. De 1903 à 1968, on dénombre 24 femmes lauréates : cinq peintresses, cinq sculptrices, trois graveuses et onze musiciennes.



Laurence Dionigi est une autrice, conférencière, chroniqueuse et grande voyageuse, ayant collaboré à de nombreux médias de par le monde. Depuis 2013, elle organise la manifestation, Fémin Auteures, à Antibes et anime des cafés littéraires dans la région niçoise. Avec une dizaine d'ouvrages à son actif, elle met lumière la place des femmes dans l'art avec par exemple Les grandes oubliées de l'art.

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