La balle au bond

[Extrait du magazine Femmes ici et ailleurs #37] Texte de Louise Pluyaud - Collectif Focus


Dans un pays qui compte un demi-million de personnes handicapées et souvent

discriminées, ces femmes sont devenues la fierté de leur petite nation. Pour hisser les couleurs du Cambodge jusqu’aux compétitions internationales, les douze Battambang Roses, qui forment la première équipe nationale féminine de basket en fauteuil roulant, s’entraînent sans relâche, portées par un puissant esprit de solidarité. Elles multiplient les victoires, sur et en dehors du terrain.

Province de Battambang, à l’ouest du Cambodge. Sous le préau du plus grand centre de réadaptation physique du pays, une jeune fille amputée d’une jambe essaie sa nouvelle prothèse. Elle avance hésitante sous le regard d’un physiothérapeute en blouse blanche. Plus loin, dans une grande salle, un homme allongé sur un lit regarde une vidéo dans laquelle une femme en fauteuil roulant explique comment se relever en cas de chute. Dehors, la température avoisine les trente degrés. Un vent chaud et humide pénètre par la fenêtre, en même temps que des cris d’encouragement :


« Vise haut et marque. Bravo ! »

Les Battambang Roses ont investi le terrain de basket, situé à l’arrière du centre. Casquette vissée sur la tête, regard imperturbable, Sieng Sokchan, la capitaine et coach de l’équipe, analyse les passes de ses joueuses. Âgées de vingt et un à trente-huit ans, toutes font preuve d’une impressionnante coordination et flexibilité de mouvement. Tourner ses roues. Rattraper. Passer le ballon. Lancer. Marquer. « Je ne m’en serais jamais crue capable. Et je n’ai qu’une seule main valide », sourit Ek Srey Mom, paralysée du côté droit après avoir contracté une polio quand elle avait cinq ans. Des manguiers et des frangipaniers en fleurs accordent des points d’ombre au terrain à ciel ouvert. Lorsque le soleil tape trop fort, « je privilégie des séances d’étirement », explique la coach. Rares sont les temps morts. L’entraînement a lieu du vendredi au dimanche. « En période de mousson, nous jouons parfois sous la pluie. Rien ni personne ne nous arrête. »


Une première équipe en Afghanistan

L’histoire des Battambang Roses débute il y a huit ans. Lorsque le Comité international de la Croix- Rouge (CICR), fondateur et cogérant du centre, lance un projet de thérapie par le sport. Entraîneur américain de basket en fauteuil roulant, Jesse Markt propose alors de partager sa discipline avec ces patient·e·s. Depuis des années, il s’investit pour offrir aux habitant·e·s de pays pauvres et déchirés par les conflits armés l’occasion de bénéficier des effets positifs de ce sport d’équipe. En 2009, il se rend en Afghanistan pour entraîner une équipe d’hommes et de femmes en situation de handicap physique. Le programme est un succès. Le CICR lui demande alors de le répliquer dans d’autres pays dont l’Inde, la Palestine, le Soudan du Sud et le Cambodge. En 2012, Jesse Markt arrive donc dans ce petit pays d’Asie du Sud-Est qui compte l’un des plus forts taux de personnes amputées par les mines antipersonnel et les restes d’explosifs de guerre, héritage de plus de trente ans de conflits : bombardements américains pendant la guerre du Vietnam, le Cambodge étant utilisé comme base arrière par les forces viêt-congs ; guerre civile puis atrocités du régime sanglant des Khmers Rouges, au pouvoir de 1975 à 1979 jusqu’à l’arrivée des troupes vietnamiennes ; nouvelle guerre civile entre partisan·e·s du gouvernement mis en place par le Vietnam et dernier·ère·s sympatisant·e·s de l’ancien régime khmer rouge...



À la fin des hostilités, en 1999, des dizaines de milliers de victimes de mines antipersonnel, mortes ou mutilées, sont recensées, et continuent de l’être. Le chiffre exact reste inconnu, selon Handicap international. Aujourd’hui, le Cambodge tente de rattraper son retard au niveau de l’offre sanitaire, toujours insuffisante. « Le programme sportif ne s’adressait pas qu’aux femmes. Mais ce sont elles qui ont saisi cette occasion », observe Denver Graham, directeur du programme de rééducation physique du CICR au Cambodge. Sieng Sokchan fut la première sur le terrain. « J’avais déjà joué au basket en 1999 au sein de Handicap international. J’étais la seule femme, se souvient cette couturière de trente-huit ans. Je suis en fauteuil roulant depuis que j’ai douze ans après avoir reçu une balle perdue dans la colonne vertébrale. Je sais m’adapter à tous les terrains », même les plus ardus. Sa principale

difficulté : atteindre le panier par la seule force de ses bras. Alors elle s’obstine, « jusqu’à ce que je réalise que je pouvais le faire ».

Un reportage à découvrir en intégralité dans le magazine Femmes ici et ailleurs. Pour en savoir plus, c'est par ici.

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