Gniep Smoeun, survivante et ambassadrice de Handicap International

Mis à jour : 17 nov. 2019

Propos recueillis par Aude Stheneur et texte de Louise Hiernaux


Alors qu’elle était enfant, Gniep Smoeun a eu la jambe arrachée par une mine, au Cambodge, pendant le conflit contre les Khmers rouges. Elle est l'une des premières personnes soignées par Handicap International, et est aujourd'hui une ambassadrice majeure de l'ONG, déterminée à endiguer la propagation de ces armes.


Vous êtes la première enfant soignée par Handicap International, comment s'est déroulée leur intervention ?

J’ai marché sur une mine antipersonnel au Cambodge alors que j'avais à peine dix ans. Après des opérations successives, j’ai rencontré l’équipe de Handicap International. Ils et elles ont essayé de m’appareiller avec une prothèse qui, à l’époque, était sommaire. Mais c’était déjà quelque chose d’extraordinaire. J’étais une enfant, donc je n'avais pas forcément la notion d’utilité de mes membres. Cette intervention a permis de libérer mes mains et d'être active au quotidien. Il en est de même pour tou·te·s les adultes touché·e·s par des mines. Les prothèses leur ont permis de travailler dans les champs, les rizières et de nourrir leur famille. Et puis, parmi les blessé·e·s, certains et certaines ont eu l'opportunité d’être sélectionné·e·s pour partir à l’étranger. Avec ma tante et ma sœur, nous avons eu la chance de venir en France.

À 37 ans vous avez décidé de devenir infirmière à Rennes et de soigner à votre tour les enfants handicapé·e·s. C'est votre façon d'agir au quotidien ?

Gniep Smoeun et Jean-Baptiste Richardier

Je m’occupe de trois structures et principalement des enfants handicapé·e·s, avec différentes pathologies. Mais ma façon d'agir est aussi de continuer à garder contact avec Handicap International.

Dès que l'association a besoin de moi, j’essaye d’être disponible, notamment lors des événements. Cet engagement me touche profondément d'autant que je connais les fondateurs (NDLR : Jean-Baptiste Richardier, Claude Simonnot et Yves Gaumeton), qui étaient au Cambodge. Les explosions de mines touchant les civil·e·s sont une problématique encore d’actualité et donc, je ne peux pas rester indifférente. Quand j'ai connu cette association, elle ne rassemblait que quelques personnes. Maintenant, elle a une envergure internationale(1).


Le 28 septembre dernier, était montée la Pyramide de chaussures, événement organisé par Handicap International (HI) depuis 25 ans. A quoi sert-elle ?

À travers des événements comme La Pyramide de chaussures, nous agissons contre les mines antipersonnel et l’usage de certaines armes, qui font des ravages parmi les populations civiles. Il s'agit d'un rendez-vous incontournable qui permet de sensibiliser le grand public. L’événement consiste à empiler le plus de chaussures les unes sur les autres. Toutes les chaussures représentent les mutilé·e·s qui n’en ont malheureusement plus besoin. Ensuite, les participant·e·s signent une pétition. Chaque voix, chaque action a son importance. La mobilisation n’est pas forcément liée à des actions financières. Il faut parler et signer les pétitions : chaque individu a une responsabilité. Nous sommes des êtres intelligents, et pourtant nous produisons des armes qui tuent aveuglément. Utiliser et vendre des armes pour s’enrichir est inconcevable. Il faudrait abolir la guerre, car elle n'est qu’absurdité : on ne lutte pas contre le feu avec du feu.


(1) Handicap International est co-fondatrice de la Campagne internationale pour interdire les mines antipersonnel (ICBL) et co-lauréate du prix Nobel de la paix en 1997 pour son action ayant permis la ratification d'un traité international interdisant les mines. En 2008, la Convention d'Oslo interdisant l'utilisation, la production, le stockage et le transfert des bombes à sous-munitions, signée par 94 États, a complété le traité de 1997. Actuellement, une douzaine d'États travaillent à l'élaboration d'une déclaration politique visant à mieux protéger les civil·e·s contre ces armes. Ce texte pourrait être adopté en mars 2020, lors de la Conférence de Dublin. Chaque jour, dans le monde, 60 civil·e·s sont victimes d’armes explosives.

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