Les freins à la mixité professionnelle : interview de Françoise Vouillot

Mis à jour : févr. 25

[Extrait du magazine Femmes ici et ailleurs] Dossier de 10 pages autour de la mixité des métiers réalisé par Zoé Sila et illustré par les dessins de Chereau.

Aux femmes le social, aux hommes la technique… De l'école jusqu'à la retraite, les parcours scolaires puis professionnels des femmes et des hommes se séparent de plus en plus. Françoise Vouillot, enseignante-chercheuse en psychologie a analysé pendant des années les causes et les effets de la division sexuée des métiers. Membre du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes jusqu’au début de cette année, elle a présidé la commission de lutte contre les stéréotypes et la répartition des rôles sociaux. Décryptage.



« Ce n’est même pas de l’autocensure, c’est de l’impensé »



DR

Comment analysez-vous les différences d’orientation professionnelle des

femmes et des hommes ?

Notre société et nos manières d’éduquer nos enfants sont toujours très marquées par une différence d’approche selon qu’il s’agit d’une fille ou d’un garçon : dans l’interprétation que nous faisons de leurs actions, de leurs émotions, dans les expériences que nous leur proposons au travers de jeux ou d’interactions. Filles et garçons construisent ainsi une identité selon ces normes de masculinité ou de féminité, qui influencent leur orientation à venir, occultant la possibilité d’exercer certains métiers, comme conductrice de train ou éducateur de jeunes enfants. De plus, les premiers choix d’orientation interviennent à l’adolescence, quand le besoin de reconnaissance et de conformité est particulièrement important. À cet âge, filles et garçons ont souvent d’autres préoccupations que leur orientation professionnelle. La puberté, les relations aux autres, l’identité... On ne peut pas attendre qu’elles et ils subvertissent tout un système de normes et de représentations. Les choix d’orientation sont ainsi instrumentalisés comme preuve à soi-même et aux autres qu’on a bien développé une identité sexuée conforme. Ce n’est même pas de l’autocensure, c’est de l’impensé. La mission des professionnel·le·s de l’éducation et de l’orientation, c’est déjà de rendre l’impensé pensable.

Vous notiez que dans l’éducation, les filières professionnelles sont particulièrement peu mixtes…

L’empreinte du genre est d’autant plus prégnante et définitive pour ces jeunes, qui doivent choisir un métier à l’horizon de trois ans. Et les filières professionnelles mènent à des spécialités marquées du sceau du masculin ou du féminin : bâtiment, esthétique... Il faut aussi souligner que 39 % des garçons et 27 % des filles s’orientent vers la voie professionnelle, plus ou moins de leur plein gré. En grande majorité, ce sont des jeunes de classes défavorisées. Les enfants de familles plus aisées, qui vont en classes générales, ont le privilège de différer leur choix.

Dessin spécialement réalisé pour Femmes ici et ailleurs

Pour un garçon, vouloir s’orienter vers un métier jugé féminin revient donc à subvertir des normes ?

Les garçons ont appris que les activités prescrites aux filles ne font pas partie de leur panoplie de petits mâles. Mais, parce que le système de genre est un système hiérarchisé, où le masculin est toujours davantage valorisé, ils ont aussi appris que ces intérêts, compétences et activités [réputés de filles ] étaient beaucoup moins...




Une interview exclusive à découvrir en intégralité dans le magazine Femmes ici et ailleurs. Pour en savoir plus, c'est par ici.



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