Chute du mur : où sont les femmes ?

Mis à jour : mars 19

[Extrait du magazine Femmes ici et ailleurs#34] Texte d'Annabelle Georgen

Le soir du 9 novembre 1989, le Mur de Berlin s'écroulait à la stupéfaction générale, mettant fin à la Guerre froide et à quatre décennies de division de l'Allemagne. Des images de la foule en liesse gravées dans la mémoire collective, des récits dans les livres d'Histoire, les femmes sont curieusement absentes. Elles ont pourtant été elles aussi partie prenante de cet événement historique majeur.


Trente ans après les faits, nous sommes allé·e·es à la rencontre de ces femmes courageuses et engagées, que l'histoire officielle semble avoir oubliées.


Des images qui ont fait le tour du monde : ici un groupe de Berlinois en train de disloquer un pan du Mur face à des soldats est-allemands stoïques, là un jeune homme debout sur le Mur, immortalisé dans une pose héroïque, en train de brandir un immense piolet, là encore des hommes massés bras dessus bras dessous face à la Porte de Brandebourg... “Où sont les femmes ?” Voilà la question entêtante qu'on se pose en passant en revue les photos iconiques de la chute du Mur ou en feuilletant les innombrables ouvrages et publications consacrées à cet événement.

Les femmes étaient pourtant là. Et elles ont été nombreuses à s'impliquer dans la révolution pacifique qui a éclos en 1989 derrière le “mur de la honte. Elles étaient dans les premiers rangs des manifestations qui ont secoué l'Allemagne de l'Est dans les mois qui ont précédé l'effondrement de la RDA (République démocratique allemande). Elles distribuaient des tracts anti-régime au nez et à la barbe de la Stasi, la police secrète est-allemande, elles organisaient des actions de protestation et des prières pour la paix dans les églises, elles étaient impliquées au sein de mouvements citoyens et de groupes de femmes.


Femmes pour la paix


Ute Leukert est l'une d'elles. Cette retraitée de soixante-cinq ans a cofondé un groupe baptisé Femmes pour la paix en 1984 à Leipzig, à l'époque où la Guerre froide menaçait de virer au conflit armé. “Au début des années 1980, la RDA avait voulu rendre le service militaire obligatoire pour les femmes. En réaction, un groupe basé à Berlin baptisé Femmes pour la paixavait signé une déclaration commune pour refuser de s'y soumettre”, explique Ute Leukert. Plus de 150 femmes avaient apposé leur signature, un acte très courageux sous la dictature communiste, où toute tentative d'expression d'une opinion politique était systématiquement réprimée. Sans surprise, les principales signataires de cet appel avaient été arrêtées et emprisonnées pendant plusieurs semaines,parmi lesquelles l'artiste peintre Bärbel Bohley (1945-2010), grande figure de la contestation est-allemande. Ce mouvement de femmes essaima ensuite dans toute la RDA.

À Leipzig, le groupe animé par Ute Leukert compte une dizaine de femmes: “On échangeait principalement sur des sujets liés à l'éducation des enfants et à la militarisation progressive des jardins d'enfants et des écoles publiques, où l'on donnait des jouets militaires(chars, avions,soldats ? juste pour éviter la répétition militaire) aux enfants et leur apprenait des chants patriotiques”, explique la militante pacifiste. Les Femmes pour la paix envoient des lettres à Margot Honecker, la femme du président de la RDA, pour se plaindre de ces mesures.



🤝 Les membres du Club Femmes ici et ailleurs ont eu la chance d'échanger avec Pierre-Yves Ginet, corédacteur en chef. Ça vous tente ?





Un reportage exclusif à découvrir en intégralité dans le magazine Femmes ici et ailleurs. Pour en savoir plus, c'est par ici.


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