Venir à bout des violences en maternité : la mission de Catherine Coq

Mis à jour : il y a 6 jours

Au sein du Club Femmes ici et ailleurs, nous avons la chance de compter des personnalités exceptionnelles, agissant dans des domaines très divers, en France et bien au-delà de nos frontières. Chaque semaine, la rédaction du magazine met en lumière une d'entre elles.


Cette semaine, nous vous présentons Catherine Coq qui, après trente ans d'expertise en tant que sage-femme, a voulu dénoncer les violences faites aux femmes en maternité. En 2018, elle rompt le silence dans son livre La Chronique du périnée.


Propos recueillis par Louise Hiernaux, journaliste, Femmes ici et ailleurs.


Pourriez-vous nous parler de votre parcours et des raisons qui vous ont amenée à écrire La Chronique du périnée ?

Je suis sage-femme depuis trente ans. Je me suis retrouvée à travailler à la maternité des Bluets, à Paris. Au départ, je suis entrée dans cette structure car elle respectait la physiologie : toutes les femmes n'accouchent pas sous péridurale et leur choix est respecté. Et puis, la réorganisation des maternités, le regroupement, l'introduction de la T2A (cotation de l'activité à l'acte) ont ébranlé ce système. Il y a eu une augmentation du nombre des naissances et cette structure a été contrainte de devenir comme les autres. J'ai toujours voulu donner une visibilité aux mécanismes de violences faites aux femmes de façon structurelle et systémique en maternité. Dans les métiers du soin, il y a un secret médical, un code de déontologie, une obligation de réserve. C'est pourquoi, j'ai écrit La Chronique du périnée en quittant les Bluets. Ce livre m'a permis d'aborder un tas de sujets à travers mon personnage de Lucile, une sage-femme.

En 2010, vous avez aidé une sage-femme victime de violences conjugales et vous vous êtes retrouvée en procédure disciplinaire.

Je ne peux pas dissocier ma vie personnelle et mon métier. Il y a treize ans, je me suis émancipée d'une situation que je considère comme de la maltraitance conjugale. Je me suis donc spécialisée dans les risques psychosociaux pour dépister une quelconque trace de violences auprès de mes patientes. Un jour aux urgences, j'accueille une sage-femme enceinte, qui me décrit une situation de violence conjugale avec son conjoint médecin. Deux ans plus tard, elle m'a sollicitée pour que j'établisse un certificat médical qui relate ce que j'ai vu le jour de notre rencontre. Et lui, a déposé une plainte contre moi pour violation du secret médical auprès du Conseil national de l'ordre des sages-femmes. Ce qui a entraîné ma convocation en conseil de discipline. L'homme a été débouté les deux fois. La loi de santé a ensuite été retravaillée. Mon histoire a mis en lumière un vide juridique car cette loi santé ne protégeait pas tou·te·s les professionnel·le·s de santé qui pouvaient être exposé·e·s au dépistage de violences. Le terme médecin a donc été changé en professionnel de santé. C'est énorme car désormais, elle inclut les assistants sociaux, les aides soignant·e·s qui peuvent être témoin et intervenir auprès de patientes !


Votre héroïne, Lucile, livre son expérience de sage-femme à la radio. Pourquoi avoir choisi ce contexte-là ?

Pour mon histoire disciplinaire, j'avais fait quelques émissions et c'est un outil qui m'a toujours passionnée. Le studio d'enregistrement radio s'assimile à une salle de naissance. Un endroit à la fois fermé et ouvert sur le monde via le micro qui parle à des milliers de gens. Dans une salle de naissance, c'est la même chose. Vous êtes dans l'intime, rien de ce qui se passe ne sortira et en même temps, une nouvelle humanité va arriver. L'autre parallèle que je trouvais intéressant est que le journaliste a cette dextérité en posant la question qui va amener Lucile à parler, et donc un rôle qui fait naître la parole.


Pourquoi avoir intégré le Club Femmes ici et ailleurs ?

Je vous ai vu naître car je suis toujours à l’affût des associations de femmes. J'ai tout de suite accroché au Club qui possède un vrai potentiel. Être membre me permet de m'enrichir personnellement. C'est une belle revue, vous faites un travail fondamental.

Ce blog collaboratif est une plate-forme réservée aux membres du Club Femmes ici et ailleurs. Chacun·e a la possibilité de partager dans cet espace ses témoignages, autour de femmes ou d'événements l'ayant particulièrement inspiré·e.


Pour participer, n'hésitez pas à nous envoyer vos productions (écrites ou vidéo) à l'adresse rencontres@editions-8mars.com

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