De si longues nuits, le livre d'Aurélie Fontaine qui donne la parole aux épouses d'émigrés

Au sein du Club Femmes ici et ailleurs, nous avons la chance de compter des personnalités exceptionnelles, agissant dans des domaines très divers, en France et bien au-delà de nos frontières. Chaque semaine, la rédaction du magazine met en lumière une d'entre elles.


Cette semaine, nous vous présentons la journaliste Aurélie Fontaine qui, avec la photographe Laeïla Adjovi, a voulu donner la parole aux épouses d'émigrés. Celles qui restent dans leur village pendant que leurs maris partent tenter leur chance en Europe. Aurélie Fontaine a parcouru trois pays d'Afrique pour raconter leur solitude, leur désillusion et leur résilience.


Propos recueillis par Louise Hiernaux, journaliste, Femmes ici et ailleurs.


Pourriez-vous nous parler de votre parcours et des raisons qui vous ont amenée à écrire De si longues nuits ?

De 2009 à 2019, j'ai vécu en Afrique. Lorsque j'étais au Sénégal, j'avais lu un polar de l'autrice franco-sénégalaise, Laurence Gavron. Et, dans ce livre, un paragraphe parlait des épouses d’émigrés. Cela m'a marqué, car après un an passé dans le pays, je n'avais jamais vu de sujets sur ces femmes. Souvent, on pense à ceux qui tentent d'aller en Europe, mais pas du tout à celles qui restent. Petit à petit, j'ai commencé à faire des reportages pour différents médias sur cette thématique. Je voulais recueillir leurs témoignages et faire entendre leur parole. C'est pourquoi, j'en ai regroupé une quinzaine dans un ouvrage-documentaire De si longues nuits.

Pourquoi avoir choisi de réaliser un livre sous forme de photoreportage ?

Je ne concevais pas un recueil de témoignages sans photographies puisqu'elles sont le prolongement de leurs paroles. Avec Laeïla Adjovi, la grande difficulté que nous avons rencontrée était que la majorité des femmes ne voulaient pas être photographiées - en tout cas de visage - car ce sujet est encore tabou. Ne pas avoir réussi à se marier avec un homme qui envoie beaucoup d'argent, cela signifie que le pari qu'elles ont fait sur ce mariage s'effondre. Finalement, l'anonymat donne sens car l'essentiel n'est pas leur identité, mais leurs paroles, car à travers leurs voix, ce sont celles de dizaines d'autres qui s’expriment. Le rêve d'argent, la désillusion, l'attente, la solitude et la colère sont les liens qui unissent ces femmes.


Vous avez recueilli des témoignages au Sénégal, au Burkina Faso et en Côté d'Ivoire. Pourquoi ces pays en particulier ?

J'avais déjà travaillé au Sénégal sur ce thème et surtout, c'est depuis ce pays que partent les bateaux vers l'Europe. La ville dont je parle dans le livre est caractéristique de ces endroits où il n'y a plus de jeunes hommes. La terre n'est pas fertile, il n'y a pas d'industrie, donc ils tentent leur chance ailleurs. En Côte d'Ivoire, je recherchais un autre aspect culturel avec des femmes de la classe moyenne, qui ont fait des études et sont économiquement indépendantes. Au Sénégal, les femmes ressentaient une sorte de fatalité alors qu'au Burkina Faso, elles étaient déterminées à trouver un boulot et pas seulement dépendre de leur mari. Via ces trois destinations, nous voulions démontrer que ce phénomène touche des femmes de tous milieux.


Vous avez amené ces femmes à une libération de la parole. Écrire ce livre était-il un geste militant ?

Les femmes comme les enfants sont des catégories de population encore dominées et il est important de porter leurs voix, d'autant plus dans des pays comme ceux-ci. À travers ce recueil, je voulais leur donner la possibilité de s'exprimer sur ce qu'elles ressentent dans leur famille et la société. Nous n'avons pas écrit ce livre pour parler de leur souffrance. Cet ouvrage-documentaire montre leur résilience, la manière dont, avec les injonctions de la société, de la religion ; elles essayent de s'en sortir.


Pourquoi avoir intégré le Club Femmes ici et ailleurs ?

J'ai découvert Femmes ici et ailleurs via le magazine, que j'avais hâte de parcourir et de lire, et je ne suis pas déçue ! Je prends mes marques petit à petit dans le Club et j'espère pouvoir devenir une membre plus active dans les prochains mois, tout simplement par envie de plus de sororité.

Ce blog collaboratif est une plate-forme réservée aux membres du Club Femmes ici et ailleurs. Chacun·e a la possibilité de partager dans cet espace ses témoignages, autour de femmes ou d'événements l'ayant particulièrement inspiré·e.

Pour participer, n'hésitez pas à nous envoyer vos productions (écrites ou vidéo) à l'adresse rencontres@editions-8mars.com


Vous souhaitez rejoindre le Club Femmes ici et ailleurs ? C'est par ici que ça se passe !



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