Anne Bouillon, Robe de combat

[Extrait du magazine Femmes ici et ailleurs #36] Texte de Clémence Leveau


Anne Bouillon prône un exercice engagé de son métier. Celle qui est considérée comme l’une des plus grandes avocates de France entend faire évoluer l’institution judiciaire et, au-delà, la société tout entière. Avec d'autres perspectives en vue.


Anne Bouillon n’a pas toujours été féministe. Elle n’a pas toujours été avocate non plus. Ce mercredi soir de décembre, au palais de justice de Nantes, elle plaide pour la victime dans une affaire de violences conjugales. Ce qu’a vécu sa cliente : « un piège mental, un enfer ! » Conseil de la Fédération nationale solidarité femmes depuis plus de trois ans et avocate depuis vingt, Anne Bouillon sait de quoi elle parle. Chaque jour, elle recueille dans son cabinet les histoires de celles qui représentent aujourd’hui près de 60 % de sa clientèle. Et c’est sans compter « toutes les femmes que je n’ai pas rencontrées parce qu’elles ont été tuées », dont elle défend les mères ou les enfants. « Je dois faire vivre ces femmes pendant le procès. J’ai l’impression de les connaître sans les avoir jamais vues. » Féministe, elle l’est devenue en partie grâce à ces victimes. Mais pas seulement. La « tonne » de comportements sexistes auxquels elle a été confrontée dans l’exercice de son métier ont bien aidé. Comme ce juge à qui elle venait « demander des comptes sur un dossier », et qui la mit dehors manu militari. Ou ces « vieux bâtonniers corses » qui caressaient les cheveux des filles. « J’ai trouvé insupportable que ma condition de femme soit considérée comme déterminante dans l’exercice de ma profession. »


De l’humanitaire au prétoire La vocation de défenseuse, elle l’a trouvée après ses études de droit humanitaire et sa courte première partie de carrière au Liban, en Roumanie et en Bosnie. Elle rencontre des avocat·e·s à Sarajevo, qui lui donnent l’envie de tenter le concours d’entrée du barreau. À presque trente ans, elle s’enferme avec des codes, travaille nuit et jour. Elle est reçue majore, prête serment en 2001. « Dans l’humanitaire, le problème est traité au niveau global pour atteindre les individus ; dans le métier d’avocat, c’est l’inverse. Mais la finalité reste la même : faire une différence. Mon fil rouge a toujours été le sens : ma volonté, quand je me lève le matin, est d’avoir un impact. » Anne Bouillon trouve dans les prétoires un véritable canal d’expression. Au risque de détonner dans les tribunaux, elle revendique une défense engagée, considérant que « l’enceinte judiciaire est un espace politique ». Il paraît que les magistrat·e·s nantais·es la surnomment la Pasionaria ; elle déteste. « C’est une façon subreptice de me renvoyer à mes émotions plutôt qu’à mon cerveau. »

Un article à découvrir en intégralité dans le magazine Femmes ici et ailleurs. Pour en savoir plus, c'est par ici.

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