Anna Dioh, une bibliothécaire pas comme les autres

Mis à jour : mars 19

Texte de Laurence Dionigi, membre du Club Femmes ici et ailleurs, Nice.


Née en 1983 à Palmarin au Sénégal, Anna Dioh arrête ses études en 3e, suit une formation pour travailler dans les aéroports, mais atterrit finalement dans un hôtel qui fermera ses portes après cinq ans d’activité. Anna Dioh est alors recrutée avec son cousin pour gérer et animer la bibliothèque Nelson Mandela qui comptabilise 6.000 livres.


Cette bibliothèque, construite en 2000 par l’association française La Classe-Solidarité, a été agrandie en 2015. Elle a ensuite pris de l’ampleur grâce à l’association Lluís Llach, du nom du chanteur engagé pour la culture catalane qui possède un bureau de représentation dans la bourgade de 10.000 habitant·e·s de Palmarin.


Les Espagnol·e·s de cette association forment alors Anna Dioh et son cousin au métier de bibliothécaire. Dans cet établissement, des ateliers manuels et scolaires sont proposés gratuitement aux enfants ainsi que des aides aux devoirs. Six ordinateurs sont installés dans la bibliothèque pour que les élèves puissent effectuer des recherches sur internet et s’initier à l’informatique.


L’État ne leur donne aucune subvention. Tout est financé par les deux associations. Des livres et du matériel sont acheminés plusieurs fois par an et des appels aux dons lancés régulièrement. Les particularités d’Anna Dioh sont sa volonté et sa ténacité à faire entrer les femmes dans la bibliothèque Nelson Mandela, ce qui n’est pas évident quand on vit dans des conditions précaires.


Nous n’avons que des enfants qui viennent consulter les livres sur place ou surfer sur internet et j’aimerais y voir aussi leur maman. Le problème est que les mères élèvent souvent seules leurs enfants. Elles n’ont aucune formation et très peu de ressources financières. Elles s’occupent de leur foyer ce qui prend la majeure partie de leur journée”, explique Anna Dioh, mère de trois enfants et qui élève aussi sa nièce.

Malgré son statut de responsable à la bibliothèque, son quotidien est difficile : “Je me lève tous les jours à 5 heures et je pars faire le marché. Ensuite, je cuisine pour la journée afin que mes enfants n’aient pas à le faire. Je ne peux pas stocker de nourriture car je n’ai pas d’électricité, donc pas de réfrigérateur. Je cuisine sur un brasero. Il n’y a pas d’eau courante également. Je commence mon travail à 9 heures et je termine à 19 heures avec une coupure de 4 heures. Nous sommes ouverts 6 jours sur 7. Pas de repos le dimanche, car je lave le linge pour toute la semaine.


La bibliothécaire se considère chanceuse par rapport à ses consœurs et décide de créer un collectif pour que les femmes apprennent un métier comme broder, créer des bijoux ou faire des confitures pour les vendre aux touristes qui arrivent chaque année plus nombreux·ses grâce à la réserve naturelle et la plage voisine. Faute de place dans la bibliothèque, Anna Dioh installe les enfants dans le jardin. Elle en profite pour leur parler des livres ou leur enseigner internet.


Elle espère obtenir suffisamment de dons pour acheter prochainement des machines à coudre. Anna Dioh a aussi d’autres idées en tête.Il n’y a que quelques poubelles à Palmarin installées devant notre bibliothèque et qui débordent régulièrement. Donc, le village est sale. Je veux enseigner la propreté et le tri aux enfants pour qu’ils et elles puissent transformer et réutiliser les déchets.


A 36 ans, Anna Dioh s’estime heureuse de son parcours et des projets réalisés ou en cours de réalisation. Elle espère seulement que tout ce qu’elle a mis en place depuis quatre ans continuera grâce aux dons et surtout servira aux générations futures.



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Laurence Dionigi est une autrice, conférencière, chroniqueuse et grande voyageuse, ayant collaboré à de nombreux médias de par le monde. Depuis 2013, elle organise la manifestation, Fémin Auteures, à Antibes et anime des cafés littéraires dans la région niçoise. Avec une dizaine d'ouvrages à son actif, elle met lumière la place des femmes dans l'art avec par exemple Les grandes oubliées de l'art.


Pour en savoir plus :

-> Babelio

-> Les Éditions Ovadia


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